Avez-vous déjà eu le sentiment que l’on prenne vraiment le temps pour vous ?

Ce matin, après ma douche, face au miroir, j’en ai assez de voir ma tête ! Je décide donc d’aller me faire couper la tignace cette après-midi même, après le repas. Un petit salon de coiffeur, barbier se tient a proximité du restaurant où nous déjeunons. La devanture est minimaliste, près de l’entrée, quelques serviettes posées sur un étendoir flottent sous la force du vent. Ici, aucune table basse sur laquelle sont disposés des magazines, aucune photo ou tableau ornant les murs, pas même de télévision alors qu’elle est presque culturelle dans ce pays ! Le barbier, d’une cinquantaine d’années, à l’allure sportive, ne parlant pas la langue de Shakespeare m’indique à l’aide de sa main, de prendre place dans l’un des deux fauteuils que compte son salon. N’ayant aujourd’hui, que très peu étoffé mon vocabulaire Turc, je lui montre à l’aide de deux doigts, la longueur que je souhaiterais sur les côtés et le dessus. L’homme acquiesce d’un hochement de tête et nous propose comme le veut la coutume, un thé (tchaï), chose que nous acceptons volontiers… Sans dire un mot, il  humidifie toute ma chevelure à l’aide d’un vaporisateur puis saisit son ciseau. C’est d’un geste assuré qu’il commence à désépaissir mes cheveux. La vitesse avec laquelle il joue de son instrument, émet une douce mélodie m’invitant à la détente. Après 10 mn, je lui demande de désépaissir encore un peu, avant qu’il ne pose son ciseau. Peu à peu, la morphologie de mon visage, s’harmonise avec ma nouvelle coupe de cheveux. C’est comme s’il visualisait mon attente, sans que je sois obligé de lui dire quoi que ce soit ! Avant de poser son ciseau, il en profite pour me reprendre les sourcils, les poils du nez ainsi que ma patte de mouche. Après quoi, il me badigeonne le visage de mousse à l’aide de son blaireau. Il saisit un rasoir comme nous n’avons plus l’occasion d’en voir et le trempe dans l’alcool, avant de l’enflammer… S’en suit un rituel; il tend ma peau afin que le rasoir glisse comme sur de la soie. Devant moi, légèrement à ma droite, est posé sur le plan de travail, un objet en fil de fer tressé dont je m’interroge sur son utilité. Je vais bientôt le découvrir… Car il le saisit l’instant d’après, le trempe dans un verre d’alcool puis l’enflamme ! Sa main gauche me cache les cheveux autour de mes oreilles, pendant que sa main droite fait des aller-venus très rapide avec la torche enflammée contre mon visage… Il est en réalité entrain de me brûler tout le duvet et les poils sur les oreilles ! C’est à ce moment là que j’éprouve un sentiment comme jamais auparavant ! Je viens de prendre conscience que l’on prend vraiment du temps pour moi … Je ne suis pas au bout de ma surprise !  Pour faire disparaître l’odeur de cochon brulé, il va maintenant me rincer le visage et me faire un shampoing. Puis il frappe dans ses mains avant de m’appliquer un après-rasage si fort, que j’ai l’impression, qu’aussitôt appliqué, aussitôt évaporé ! Vient le tour d’une lotion crémeuse, qu’il utilise pour me détendre la peau du visage, en me massant du front jusqu’aux trapèzes. Positionné dans mon dos, il saisit ma tête entre ses deux mains, sans que je sache ce qu’il veut. En confiance, je décide de m’abandonner totalement avant d’entendre mes cervicales craquer, sous l’effet d’un geste rapide et contrôlé. Je ressens un immense bien-être après cet instant. Et ce n’est toujours pas terminé ! Il est maintenant temps pour lui de me sécher les cheveux, de reprendre les quelques poils rebelles, de m’appliquer du gel et de me nettoyer les oreilles à l’aide de coton tige. Cerise sur le gâteau, il va sortir de son meuble un flacon de parfum dont j’ai droit à trois vaporisations ! Ca-y-est c’est fini, le seul mot qu’il prononce c’est : « Perfect » ! Mais au fait, combien je vous dois ? A l’aide de sa calculatrice, il tape 20 LT, soit un peu moins de 7 euros … Cet homme, perfectionniste, a réellement pris son temps, se faisant plaisir sans en ressentir aucune contrainte ou obligation ! Quant à moi, en sortant j’étais sur un nuage ! Désormais, vous repenserez à moi, en allant chez votre coiffeur !

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